Mercredi 19 mars 2008 à 15:29
Il y a 90 ans, l'armistice de la première guerre mondiale fut signée. Il y a quelques jours, notre dernier vétéran français de cette guerre ( il reste 3 britaniques, 2 Italiens, 1 américain, 1 Austro Hongrois et 1 Turc), Lazare Ponticelli (110ans), nous a quitté.
Il n'aura jamais oublié ses camarades morts dans l' anonymat. "l'horreur de cette guerre, je ne l'ai pas oubliée, ni pour moi ni pour ceux qui sont morts" (rien que du côté français, 900 soldats, en moyenne, mouraient chaque jour. 1,3 million de militaires mort au total dont 400 000 portés disparus.Plus de 2 millions de blessés).
Une horrible page de notre histoire commune (qui n'a pas perdu un être de sa famille durant ces massacres?) s'est tournée. Mais pour tous ces morts et pour notre futur, nous devons garder la mémoire vive.
Cette boucherie, Lazare Ponticelli l'aura vécue sous deux drapeaux: Celui de la France pour laquelle il s'était engagée dans le corps de la Légion Etrangère ("j'ai voulu défendre la France parcequ'elle m'avait donné à manger. C'était une manière de dire merci") et celui de l'Italie, son pays d'origine, qui rappela tous ses natifs en âge de combattre à partir de 1915.
C'est en uniforme italien que ce héros, comme les soldats français, décide avec les camarades de sa compagnie de fraterniser avec le dit ennemi ("...nous nous sommes mis d'accord pour cesser les combats").
Suite à cet acte, digne d'un être humain, le commandement italien passa sa compagnie en conseil de guerre. Après avoir risqué le peloton d'exécution, ils furent affectés face à une compagnie adverse plus sauvage (une compagnie d'élite Autrichienne). En France, le commandement, pour remettre les soldats français sur les rails du massacre, fusilla un grand nombre de pacifistes et de rebelles parfois même sans preuve de ce qu'il les accusaient (quant aux déserteurs il en allait de même et les dépressifs étaient assimilés à des lâches).
Nous sommes bien loin ici du sens du devoir dont parle notre président de la République, chef des armées, dans son discours racoleur et militariste prononcé aux invalides (où trône le tombeau de Napoléon Bonaparte) lors de l'hommage national dont notre humble héros ne voulait pas (la famille a d'ailleurs tenu à ce que cette cérémonie soit séparée des obsèques).
Pas un seul mot sur l'esprit pacifique des soldats conscients de l'irrespect des dirigeants envers eux et de la folie de la guerre. Au contraire les politiques attisent l'esprit nationaliste (en Europe de l'Est, de nouvelles nations se créent au risque d'encourager les séparatistes et voir l'Europe, déjà malade, se désunir à nouveau).
"Jeunes qui répondaient...à l'appel de la Patrie envahie" (J.Chirac)
"...pour défendre sa Patrie" (N.Sarkozy)
Les politiques parlent de Patrie comme les chefs religieux parlent de Dieu (pour ne pas dire nation politiquement incorrecte car trop proche du vocabulaire étiqueté "extrême droite"), pour abuser de nos sentiments affectifs.
Mais ce mot Patrie est vide de sens quand dans le même temps on dilapide l'Etat, on laisse l'économie capitaliste prendre le dessus sur le politique, que les peuples sont abandonnés à la loi du marché, que rien n'est fait pour que les richesses soient mieux équilibrées et que les femmes ne sont toujours pas les égales des hommes au niveau salarial?
Les politiques n'ont pas honte de parler d'honneur, du sens du devoir, de sacrifice, eux qui à l' arrière du sang, des gaz et de la poudre envoyaient leurs citoyens se faire massacrer comme de la chair à canon.
Combien d'officiers entêtés ont sacrifié des compagnies entière pour ne pas reconnaitre leurs erreurs stratégiques et militaire?
Et combien de temps les poilus survivants ont dû attendre les honneurs et la reconnaissance de la Nation?
Lazare Ponticelli a obtenu la légion d'honneur à ... 98ans! Quelle honte quand on voit le nombre d'artistes insignifiants qui la reçoivent.
Combien de films ont été réalisés pour décrire librement cette "grande guerre", la guerre d'Indochine ou d'Algérie (dont on ne voulait pas reconnaître qu'il s'agisse d'une guerre et non d'un maintien de l'ordre) sur nos écrans (on critique les USA mais eux au moins ont fait et continuent de faire l' autocritique sur leur guerre du Vietnam).
Les politiques savent nous parler d'honneur et du sens du devoir pour mieux nous manipuler. Pendant que nous mourrons sur les fronts, de gros lobbys industriels s'enrichissent (métallurgie, énergie, automobile, armement...).
Les politiques n'ont aucune reconnaissance ni parole; on se souvient, par exemple, des anciens combattants de nos colonies passées (qui le seraient peut être encore si les promesses de reconnaissance et d'émancipation prononcées pour motiver les troupes avaient été tenues) dont le montant de leur solde reste inférieur à celles des français de la métropole par exemple.
Et tenez vous bien, Lazare Ponticelli, pour avoir servi la Patrie, n'a été naturalisé français qu'en 1939! Sans doute pour le motiver à reprendre les armes sur les fronts de la seconde guerre mondiale.
Les guerres n'apportent que la mort aux peuples et la paix venue, la misère reste la même sinon pire.